Accueil du site / Pratiques / Outils / En formation / 2010 - 2011 : Portraits de paix petits et grands. / Autoportrait de nous au travail

1- Atelier : « Autoportrait de nous au travail »

Pistes :

  1. Portrait / Autoportrait ?
  2. Un autoportrait collectif, en milieu professionnel, est-il possible ? Quid de la singularité au sein des collectifs ? Quelle reconnaissance ? Quid de la multi appartenance des sujets et leur mise en tension (acceptée, refusée, revendiquée, acquise, etc. ?
  3. Écrire des portraits : l’outil « métaphore ».

Consigne 1 : échauffements
L’autoreprésentation est art du provisoire.

a) En binômes mixtes, on constitue des listes de mots autour de son travail pour l’apprivoiser.
b) Premiers fragments : « Les quatre saisons de mon travail »

Consigne 2 : nos métaphores

La société parle par métaphores et celles-ci structurent nos systèmes de pensée collectifs. On dira « la galère » pour parler des « petits boulots », « je suis crevé » pour « je suis fatigué ».
George Lakoff et Mark Johnson écrivent (Les métaphores dans la vie quotidienne) : « la métaphore est partout présente dans la vie de tous les jours, non seulement dans le langage, mais dans la pensée et l’action. Notre système conceptuel ordinaire, qui nous sert à penser et à agir, est de nature fondamentalement métaphorique [...] Les concepts qui règlent notre pensée ne sont pas de nature purement intellectuelle. Ils règlent aussi jusque dans le détail le plus banal notre activité quotidienne. Ils structurent ce que nous percevons, la façon dont nous nous comportons dans le monde et dont nous entrons en rapport avec les autres. Notre système conceptuel joue ainsi un rôle central dans la définition de notre activité quotidienne [...] »

Consigne :

  • Après avoir lu cet extrait, on constitue (en grand groupe) une liste de métaphores possibles pour les métiers que nous exerçons.
  • Chacun a pour mission d’en choisir une, celle qui lui semble la plus adéquate à la perception qu’il a de leur travail ou de son activité professionnelle et de la développer en un texte qui filera cette métaphore le plus loin possible.

« Filer la métaphore » :
a) production d’une liste de mots ayant trait à l’image retenue (on peut les confectionner à deux)
b) puis production d’un texte prenant appui sur cette liste qui décrira son activité professionnelle de manière « imagée », « métaphorique ».

Listes des métaphores imaginées :

  • - un tonneau des Danaïdes
  • - une poubelle
  • - un dompteur
  • - un jongleur
  • - un chef d’orchestre
  • - un enfonceur de clous
  • - un berger
  • - un nègre marron
  • - un travailleur de fond
  • - un sourire d’avril
  • - une abeille
  • - un colibri
  • - un poisson dans l’eau
  • - un dictateur
  • - un rabat-joie
  • - la marraine de Cendrillon
  • - une lanterne rouge
  • - un objecteur de conscience
  • - un bricoleur
  • - un allumeur de réverbère
  • - une qui est à l’Ouest
  • - un acteur
  • - un metteur en scène
  • - une lionne
  • - un jardinier

    Lecture des textes et discussion sur ce qui surprend dans ce qu’on écrit.

  • - l’impression que c’est venu tout seul
  • - il faut se laisser aller à la métaphore et accepter aussi les mots concrets
  • - des mots liés à la métaphore nous surprennent désagréablement (ex. enfant = mouton).
  • - Beaucoup de plaisir à écrire ce texte. L’idée m’a plu, elle m’a permis d’imaginer. Je comprends mieux à quoi je me m’autorise.
  • - Parler à la première personne est difficile et j’avais de la difficulté à m’impliquer (les mots du champ sémantique et les 4 saisons).
  • - La métaphore a le défaut de généraliser.
  • - La métaphore met l’objet de travail à distance. S’il fallait en parler directement, ce serait plus difficile.
  • - J’ai eu du mal à m’identifier à ma métaphore. Problème d’implication.
  • - Sentiment d’écart entre ce que je dis et ce que j’ai le sentiment d’être. Problème de de se dévoiler de cette manière.
  • - Importance de l’incipit : « dans mon travail je suis une lionne ».
  • - La contrainte du matériau (les mots imposés) nous a permis d’écrire.
  • - Parler en métaphore demande un grand effort. En plus, ce que je dis, ce que n’est qu’une partie de ce que je suis.
  • - J’ai plus parlé de mon rapport au travail que du travail proprement dit.

Inventaire des facettes de l’activité mis en lumière par les textes et réflexion sur l’image du métier qui est en train de s’ébaucher.

  • - les difficultés, les interrogations, les doutes
  • - les espoirs, les réussites, les combats, les échecs
  • - les publics
  • - les chefs
  • - les valeurs
  • - les tentatives et les ratages
  • - l’action et le rapport au temps

Consigne 3 : Désaturer et complexifie
« J’écris encore pour savoir ce que je pense » Aragon.

Remarque :
Avec la métaphore, le stéréotype et la caricature ne sont pas loin. Les jeunes en situation de travail précaire sont-ils tous sur un même bateau à ramer sous les coups d’un garde-chiourme pour un bout de pain sec ? Sommes-nous obligatoirement « gonflés » (comme un pneu ? un ballon ? une baudruche ?) quand nous sommes en forme ? Quel est ce clou qui « nous a crevés » ?
Comment faire pour que l’usage de la métaphore dans l’atelier ne nous fasse pas tomber dans la disproportion ou le simplisme comme c’est parfois le cas pour les métaphores de la vie quotidienne ? En effet, dans ces usages de la métaphore au quotidien, ce qui est atypique, singulier et complexe est ramené à du simple, du consensuel, du convenu. Les différences y sont gommées. La variabilité des situations rencontrées et évoquées est passée sous silence.

Consigne :
Après la lecture des textes produits et en écho avec les premières réflexions, chacun est convié à produire un nouveau texte, au choix : une réécriture du texte premier ou un nouvel écrit dans lequel il affine sa position et fait part de ses découvertes.

Il s’agit à présent de nous démarquer des facilités de la métaphore, de prendre de la distance avec ce qui vient d’être écrit afin de se positionner en complexité et en finesse.

(Auto) portrait « figé » VS (auto) portrait en retravail permanent ?
Où est la Culture de paix dans ces portraits ? En quoi cela concerne-t-il la Culture de paix ?

  • - la notion d’échange et d’enrichissement à partir de ce que l’autre apporte (les apports mutuels)
  • - travailler en autonomie mais pas en solitaire
  • - l’oreille qu’on prête à ce que sont les autres
  • - rentrer dans l’univers de l’autre, vouloir comprendre l’autre
  • - tous se définissent par rapport à un contexte et chacun est en évolution. Un individu seul n’a pas d’intérêt. C’est une personne qui se construit. Personne n’a une définition de ce qu’il est « en soi ». Nous avons tous un regard sur la société.
  • - Importance des questions pour lesquelles on n’a pas de réponse, mais l’importance, c’est de se les poser. Du coup, ne pas rester assis sur nos certitudes. Il s’agit de se vivre en recherche.
  • - Chacun a plusieurs compétences. Cela nous force (et nous permet) de nous adapter aux autres et aux contextes.
  • - Importance de reconnaître le travail de l’autre.
  • - On ne perd jamais de vue que les personnes (enfants ou adultes) sont eux aussi des êtres multiples. Accepter notre propre multiplicité permet d’accepter celle des autres.
  • - La force de la résistance, de la désobéissance. De n’être pas dans le moule. Savoir mesurer les petits progrès de chacun, être dans l’accompagnement.
  • - Cela ne suffit pas d’avoir des attentes, il faut qu’elles soient positives.