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Un entretien avec Josette Fontaine, intervenante bénévole / militante sur les questions de Démocratie, Citoyenneté et Culture de Paix.

Tout ce qui crée de l’intelligence collective, tout ce qui permet la compréhension, l’engagement, l’action, tout ce qui change le regard sur les autres et permet d’accueil bienveillant des idées nouvelles, relève de la Culture de Paix.

Je m’appelle Josette Fontaine. J’ai été enseignante. Je suis à présent intervenante bénévole / militante sur les questions de Démocratie, Citoyenneté et Culture de Paix. Ce sont trois concepts étroitement liés et mon action s’inscrit dans un partenariat entre la Ville d’Aubagne et le Groupe Français d’Éducation nouvelle (GFEN Provence).

Je travaille avec des adultes, mais aussi avec des enfants quand l’occasion se présente. Cela va de la tenue d’un atelier avec des enfants dans le cadre du rallye Agglo express aux interventions dans le secondaire (récemment au LEP Eiffel d’Aubagne dans un projet porté par l’établissement, le Point Information jeune et le service Prévention de la Ville). Je réponds à toutes les demandes de services ou d’agents municipaux isolés mais aussi d’enseignants, de citoyens, d’associations… Mes interventions sont toutes basées sur la notion du « Tous Capables » et dans un objectif de participation du plus grand nombre.

Pourquoi un tel engagement ?

« Se mêler de ses affaires, réfléchir, créer de l’intelligence collective en mettant en action les intelligences de chacun, nombreuses et trop souvent sous estimées ». Je ne vois pas d’autre solution pour sortir de la situation politique actuelle, que de contribuer à favoriser l’engagement individuel de chacun par une participation effective aux processus de décision, de réalisation et de mise en perspective. Ceci dans un double objectif : une transformation sociale de notre présent qui prépare un avenir meilleur et une qualification certaine des Citoyens qui permette plus de compréhension donc plus de recul, plus de potentialité et plus d’action sur le devenir de notre société.

Quel regard portes-tu sur la situation politique et la société française actuelle ?


Je pense à tout ce qui tire vers le bas et qui s’est accentué ces dernières années : le niveau de vie des gens, mais aussi la conscience des choses. Le populisme s’est développé d’une manière extrêmement importante et ce n’est pas un hasard.

Le populisme, comment le définir ?

Je pense à la culture de l’évidence. Par exemple, « s’il n’y a pas assez de travail pour tout le monde, c’est parce qu’il y a trop d’immigrés », « il faut donc que ces derniers s’en aillent et le problème sera résolu » ou bien « s’il y a des problèmes avec l’Europe, il n’y a qu’à en sortir et tout sera réglé ». Il y a toujours des responsables à pointer du doigt, à combattre, à exclure…

On cultive ainsi la haine entre les gens et l’aspiration à l’Homme providentiel qui remettra de l’ordre.

Tout cela se conjugue avec la culture de la peur minutieusement développée, peur de ce qui est différent, peur de la dette, peur de la crise économique… et bien d’autres peurs encore qui entraînent l’amplification du repli sur soi et du regard négatif sur la vie, sur l’avenir.

Nous avons à revenir sur le sens des choses. Il y a des valeurs qui sont dévoyées quand elles se définissent dans le cadre du système libéral.
L’ex-président de la République, Nicolas Sarkozy a beaucoup fait appel à la notion de Justice pour développer sa politique. La justice c’est une chose à laquelle tout le monde aspire. Le problème, c’est que la société dans laquelle nous vivons est construite sur l’injustice fondamentale de l’inégalité entre les Hommes. Donc tout est faussé. Nous avons à travailler le lien entre cette injustice fondamentale et le concept de justice tel qu’on le vit (on le veut) au quotidien.

Nous devons travailler à aller au-delà des apparences, des évidences pour comprendre toujours plus le fond des choses. C’est quand on a compris qu’on peut s’engager, agir pour vivre pleinement un présent qui construise un avenir meilleur. Et tout le monde est capable de comprendre des choses, même si on ne comprend pas tout, tout de suite…

Rendre les gens intelligents ?

Il faut les mettre en situation de travail pour qu’ils s’engagent dans la réflexion, qu’il y ait une véritable confrontation, un véritable débat et non simplement du « déballage ».

Chacun doit savoir qu’il compte, qu’il est une personne à part entière.

Chacun doit savoir qu’il a à apprendre des autres et qu’à leur contact, sa réflexion sera enrichie.

Travailler à la réussite d’un projet commun, ça ouvre des perspectives immenses de rencontre d’idées, d’émergence d’idées nouvelles, de coopération, de plaisir…

Des exemples de projets


Nous avons en ce moment, le projet de faire participer les Aubagnais à ce qui va faire d’Aubagne une « Ville Capitale » de la Culture en 2013. Beaucoup de choses sont déjà prévues dans le cadre de Marseille Provence 2013 – Capitale européenne de la culture (http://www.mp2013.fr/). L’originalité de cette expérience réside dans le fait de mettre en œuvre une participation qui co-construise tout ce que localement nous voulons ajouter au programme imaginé par ailleurs à l’échelle régionale. Nous avons à gérer la diversité dans notre équipe d’animation afin de réussir toutes les missions : la réussite de « l’année évènement » et aussi la réussite de la co-construction du projet par les Aubagnais.

À chaque réunion, on réfléchit à tous les éléments à prendre en compte, on donne toutes les informations sur tout ce qui existe déjà, on crée les conditions de l’inclusion de toutes les nouvelles idées.

Quels liens vois-tu avec l’idée de Culture de Paix ?

Tout ce qui rend les gens plus intelligents ; tout ce qui crée de l’intelligence collective ; tout ce qui permet la compréhension, l’engagement, l’action ; tout ce qui change le regard sur les autres et permet d’accueil bienveillant des idées nouvelles, relève de la Culture de Paix

Les gens viennent se rencontrer sur des bases claires. Pas de manipulation ni de jugement de valeur.

Que signifie « se mettre au travail » ?


Poser un cadre solide comme par exemple : « Les décisions se prennent collectivement dans l’atelier ». Poser clairement les échéances du projet et discuter ensemble de la gestion du temps dont on dispose. Permettre aux personnes de comprendre une situation, un contexte par un apport d’informations orales et écrites. Proposer une démarche qui rende les gens actifs dans la lecture des documents. Accueillir collectivement les propositions, les travailler, leur donner des prolongements toujours collectivement. Réhabiliter la subjectivité pour toute la richesse qu’elle contient, pour la possibilité qu’elle nous donne de faire vivre la diversité de façon humaine, comme une source d’approfondissement de la réflexion.

Prenons l’exemple de l’atelier « Festival : nous serons tous d’ici » qui prépare la période qui va de la mi-septembre à la mi-octobre 2013.
Depuis des années la fête de la Paix se place dans cette période avec un déroulement traditionnel dont il faut tenir compte. Depuis 2009, les médiathèques de l’ensemble des villes et villages de la Communauté d’agglomération (http://www.agglo-paysdaubagne.com/) travaillent à un projet « Nous serons tous d’ici » qui a d’ailleurs donné le nom à ce festival.
La première réunion de l’atelier a été consacrée à la présentation de ces deux éléments préexistants afin que l’atelier sache d’où il part. Les associations présentes ont par ailleurs fait des propositions quant à leur participation. L’enjeu est à présent de trouver une unité à ce festival, qui prenne tout en compte, qui porte le sens et la cohérence de l’ensemble : élaborer des définitions personnelles subjectives du Festival ; imaginer son déroulement de façon originale et audacieuse… un projet commun dans lequel tout le monde se retrouve.

Complexe ou compliqué ?

Nous ne confondons pas « complexe » et « compliqué ». Les participants (des citoyens, des élus, des agents de la Ville, des responsables associatifs) pourraient penser que ce sera bien compliqué d’arriver au bout… mais rapidement ils s’aperçoivent que la complexité dans laquelle ils pénètrent possède un fil conducteur, des repères, des points d’appui qui permettent de se diriger dans un chemin qui, peu à peu, devient plus important que son aboutissement. La réussite réside aussi dans ce chemin plein de rencontres, d’échanges, de construction commune, de découvertes…

Par la démarche proposée, nous permettons aux personnes d’entrer dans cette complexité par un apport singulier, en tant que citoyens (même s’ils représentent une association, la Ville ou le Service Public). Ce détour par le sens des choses amène des propositions de toutes les composantes et en particulier de la part des responsables associatifs, beaucoup plus en harmonie avec l’idée de projet commun.

Gérer ensemble la complexité présente

Gérer la complexité présente, c’est un pas de plus dans la Culture de Paix. La complexité, voilà une chose qui ne nous effraie pas (ou plus). Bien au contraire puisque la prochaine étape sera celle d’un travail collectif sur la gestion de l’enveloppe budgétaire. Ce sont, en effet, les situations les plus audacieuses, celles qui paraissent mettre le plus en danger l’aboutissement du projet qui sont les plus porteuses de progrès en matière de Démocratie et qui, au final, garantissent la réussite. « Il faut porter du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse » pour reprendre le philosophe Friedrich Nietzsche.

Travailler sur le sens de ce que nous entreprenons et penser autrement la notion de « bilan »

Travailler sur le sens des choses faisait partie de la commande de la Ville lors de la signature de la convention avec le GFEN. Je suis la personne mise à disposition dans le cadre de cette convention. Le mot « bilan » n’est pas un mot qui m’intéresse beaucoup, mais regarder en arrière pour voir comment les choses se sont passées et les perspectives qui s’offrent à nous ne peut être que bénéfique.

En 2008, l’équipe municipale a élaboré son programme avec la population qui a aussi participé à sa réalisation. Aujourd’hui, à l’heure du bilan du mandat, les Aubagnais doivent aussi être présents. Cela se poursuivra certainement par une nouvelle participation des citoyens à l’élaboration du prochain programme municipal en 2014.

Ce qui nous intéresse, c’est surtout la question : qu’est ce qui nous permet, dans tout ce qui a été entrepris depuis 2008, d’imaginer la suite ensemble ? Notamment en croisant les regards sur ce qui a été réalisé en matière de développement de la Démocratie et de la Culture de Paix.
Dans ce domaine, je m’aperçois, en particulier parmi le personnel communal mais pas que là, que différentes pratiques sont devenues incontournables, naturelles et qu’il faudra imaginer l’avenir avec elles : le travail en ateliers, le travail à partir de documents écrits, la préparation collective des réunions, les comptes rendus distribués régulièrement à tous, témoins de la démarche mise en œuvre, des consignes acceptées… transgressées, etc.

Les groupes d’animation sont de plus en plus conscients du lien qui existe entre le sens et la pratique, de plus en plus conscients des enjeux portés par la participation effective des personnes, que ce soit des agents de la Ville, des élus ou des habitants d’Aubagne. La conséquence directe de cet état de fait est l’investissement / l’engagement de personnes nouvelles / neuves. Ceci est une ressource inestimable pour l’avenir.
A contrario, quand on oublie le sens des choses, quand on privilégie la seule pratique - même quand on a été pionnier en la matière -, on s’expose à quelques reculs possibles dans la réussite de nos projets.

L’immobilisme est destructeur.


On n’a jamais atteint le bout. Il nous faut avancer, préserver tout ce qui fait le mouvement de la vie, progresser toujours sous peine de repartir en marche arrière.

N’y a-t-il pas un déficit de recherche collective sur le plan de la philosophie, de l’idéologie ?

Dans cette perspective, je mettrais en bonne place l’organisation d’échanges philosophiques, politiques sur les enjeux du programme municipal, échanges entre élus, citoyens et Service public, pourquoi pas avec des intervenants, invités venus d’ailleurs, d’autres sphères que celles de la ville… Une question reste posée : Comment peut-on dépasser la pression du quotidien qui nous empêche de lever la tête du guidon ?

Et la diversité des personnes, des parcours de vie, des savoirs, des centres d’intérêt, comment la gérer ?

Comme je gérais la diversité dans ma classe. Elle était aussi importante qu’avec les adultes. Je proposais des activités et chacun allait y prendre ce qui correspondait à ce qu’il était.

Cela paraît contraire à tout ce qu’on entend dire à ce sujet comme par exemple « il faut se mettre à la portée… » ou « adapter le niveau du discours pour être compris par tous ». (C’est là une façon de penser qui amène à mettre en œuvre toutes sortes de démarches d’assistance. Lesquelles, qu’elles aient un aspect traditionnel ou moderne, tirent toujours l’ensemble vers le bas.)

L’audace de nos démarches nous montre que les personnes présentes dans nos initiatives ont des capacités insoupçonnées que nous découvrons avec délice et qui ouvrent d’immenses perspectives. Il faut donc proposer des choses qui correspondent à notre objectif et ne pas bouger de là, même si l’objectif est différent suivant la situation ! C’est en termes d’objectif qu’on doit réfléchir et non en termes d’adaptation au niveau des gens.

Ce n’est pas toujours facile car ces idées « rétro », au quotidien ont la vie dure, même pour nous. Il faut parfois se faire violence pour mettre en œuvre sur « le terrain » ce qui découle de la théorie élaborée dans la tranquillité d’un bureau. Mais quand on le fait, on est toujours agréablement surpris du résultat : quel respect pour autrui que le pari sur son intelligence ! C’est un pari qu’on ne perd jamais, à condition que soient créées, dans l’espace concerné, des situations d’écoute mutuelle, de parité et de complémentarité.

Post-scriptum

Post-scriptum : Qu’as-tu découvert à travers ce moment d’interview, de toi-même, de ton travail ? Ne pas se laisser « bouffer » par l’organisation ! Je découvre qu’il est essentiel de trouver les moyens de desserrer l’étau du quotidien afin de lever la tête et prendre du recul sur les choses. Un apport philosophique est indispensable. S’astreindre à cela pour que les perspectives ouvertes aujourd’hui à tous les niveaux, aussi bien local que national, puissent se concrétiser dans de véritables alternatives.