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Un entretien avec Corinne, Évelyne, Josette, Laure, enseignantes à l’École du Pin Vert (Aubagne), réalisé en 2002 et issu de la plaquette « Faire la paix, c’est tisser des liens ».

Lors des journées de formation de l’hiver 2001-2002, l’idée avait germé de frapper les esprits des enfants, parents et collègues et de créer des évènements dans les écoles autour de l’idée de Paix.
Ne pas s’éparpiller dans une série d’activités parcellaires, mais mettre sur pied un temps fort !
Dans le prolongement de la formation, nous avons donc décidé d’en parler en concertation d’enseignants et de mettre en place une « Journée de la paix » dans l’école. Mais avant de présenter le projet à l’ensemble des collègues, il fallait y réfléchir encore.
Pendant quelques semaines, la proposition n’était pas encore très officielle, mais l’idée circulait et nous nous demandions comment faire pour que tout le monde soit d’accord.

Comment naît un projet autour de la paix ? Comment s’organise un temps fort ?

Donc, au début, il y a une idée, une proposition encore imprécise. Quelqu’un s’en empare. Un petit groupe l’explore puis la propose en concertation aux autres enseignants.
Du fait des formations « Culture de Paix » antérieures et de notre travail de longue date au sein de l’école, les conditions avaient été créées pour aller plus avant : un noyau de cinq personnes mobilisées, des collègues qui ne sont pas hostiles. On pouvait lancer un pont et impliquer toute l’école sans que le projet soit trop lourd et n’engage trop les collègues. De toute manière, il s’agissait de monter une journée, pas plus.

Créer un milieu favorable

Question : Pouvez-vous en dire plus sur le travail préalable, « de longue date », auquel vous faites allusion ?

  • Le projet « Défi non-Violence » a certainement joué un rôle. De quoi s’agit-il ? C’est un rendez-vous bi-mensuel entre un groupe d’enfants et des enseignants, le lundi après-midi de 15h30 à 16h30. Ils se retrouvent pour une réflexion sur des questions toute simples, liées à la vie au quotidien dans les classes et dans la cour de l’école. Ces enfants sont des « référents » désignées au sein de chaque classe. L’idée est de trouver des solutions à divers problèmes rencontrés. Il y a chaque fois un moment de discussion. Puis un compte rendu est fait et la réflexion porte sur la manière dont chacun peut faire avancer les choses là où il est. Les problèmes abordés tournent autour de la violence. Celle-ci n’est pas toujours le fait des autres. Chacun (référents, enseignants, autres élèves) doit réfléchir à ce qu’il peut faire pour arrêter la violence.

Question : Comment passez-vous du « Défi non-Violence » à la journée « Culture de paix ? »
Avant de répondre à cette question, il faut préciser que depuis plusieurs années, outre le Défi non-Violence, il existe dans l’école des « Espaces de rencontre » : entre les différents personnels y travaillant (enseignants, personnel interclasse cantine, animateurs), dans le cadre du CEL ; entre enseignants dans les temps de concertation ; entre enseignants et parents, lors de rendez-vous réguliers organisés depuis trois ans pour aborder ensemble des questions de fond qui touchent l’école et l’éducation.

Question : Tout cela ne s’est pas fait en un jour ! À travers des initiatives diverses, vous avez créé un milieu favorable ?
Pour ne pas en rester aux seules paroles sur « la Culture de paix », il fallait prévoir autre chose que ce que nous faisions jusque-là, et que cela soit aussi bien concret ! Le faire collectivement, avec la Maison de quartier, les parents.


Rassembler tous ceux qui interviennent auprès des enfants.

Question : Quelle est l’idée qui fédère toutes ces initiatives ?
C’est l’idée que le travail sur la Culture de Paix se décline de multiples façons, mais qu’elles sont toutes liées à la volonté de rencontre, de compréhension de l’autre, de réflexion théorique sur le fonctionnement des choses. Le pari est que cette Culture de Paix va nous aider à mieux vivre l’école, quotidiennement. C’est aussi l’idée que toutes ces initiatives modestes vont contribuer à construire et à développer, dans la tête de tous ceux qui y participent, des valeurs qui les aideront à jouer pleinement leur rôle de citoyen, ici et maintenant, mais aussi dans l’avenir.

Passer au concret et convaincre les collègues

Question : En janvier, aviez-vous déjà une idée précise du déroulement de la journée ?
Pas vraiment. On avait déjà tout, mais on n’en avait pas conscience. Il y a quelques années, une journée d’ateliers décloisonnés avait été organisée dans l’école, mais sans contenus élaborés ensemble. C’était pour faire quelque chose qui plaise aux enfants. D’où une certaine frustration, le sentiment d’un canevas vide. Nous voulions donc repartir de là, mais avec des idées, des contenus et la forme « atelier ». Des ateliers, ça paraît logique, qu’est-ce qu’on aurait pu faire d’autre ?

Question : Quelle a été la réaction des collègues ? Il semble qu’il y ait eu un très bon accueil, pourtant vous n’êtes pas toujours d’accord sur tout dans l’école.
Il y avait un crédit sur la question de la Paix et de la non-Violence. Les choses ont évolué depuis trois ans. La mise en place de toutes ces initiatives a contribué à faire vivre dans l’école cette idée de Paix et de non-Violence. Des choses ont changé, les enfants se parlent davantage, on a pris l’habitude de s’appuyer sur le positif et c’est plus facile. C’est peut-être de là qu’est venue l’unanimité autour de ce projet. Nous sommes treize dans l’école. Nous avons été étonnées de voir comment tous les collègues se sont mobilisés. Leur adhésion à l’idée d’une journée « Culture de paix » tient peut-être aussi au fait que nous étions nous-mêmes fortement motivées. Nous avons ainsi transmis aux autres notre envie d’agir, notre envie de revivre et de partager ce que nous avons vécu en formation.

Une période de chasse aux idées

Une première réunion de travail uniquement autour des contenus des futurs ateliers a été organisée. Il a été demandé aux collègues de noter sur une feuille toutes les idées qu’ils pouvaient avoir. On se sentait à l’aise et chacun y a mis du sien. À partir de la foule d’idées recueillies, le groupe de préparation s’est réuni presque toutes les semaines. Nous savions où nous allions, nous savions pourquoi nous faisions cette journée. Par la suite, le relais a été pris par un groupe plus large qui a porté le projet jusqu’à son terme, chacun étant responsable de rester en contact avec d’autres personnes. Cela a mobilisé beaucoup de monde.

Un contenu à transposer pour un public nouveau, des compétences qui se développent

Nous avons repris des ateliers découverts en formation : l’idée de faire des cadeaux de mots, de fabriquer des « Personnage de Paix », de travailler aussi en arts plastiques, de proposer de l’écriture poétique avec des bandelettes et surtout l’atelier « Cocon ».

Question : Qu’apprend-on en travaillant ainsi ? Quelles compétences professionnelles nouvelles développe-t-on ?
On apprend à construire un projet commun et à le mener jusqu’à la réalisation. On apprend le travail en équipe ou plutôt on met en œuvre pour la première fois ce qu’on savait déjà dans ce domaine, mais qu’on ne pratiquait pas ou peu. On découvre que cela marche ! On prend appui sur les compétences des autres, pas seulement des collègues enseignants mais aussi des animateurs. On s’entraîne à partager le travail, par exemple s’occuper du matériel pour vingt-cinq ateliers, ce qui n’est pas simple. On apprend à coordonner les choses. Nous nous sommes partagé le travail pour la suite : la récupération des productions écrites et plastiques, la collecte des objectifs et contenus exacts de chaque atelier. Certains se sont chargés de récupérer les impressions des enfants en leur posant la question : « Qu’est-ce qui parlait de Paix dans ton atelier ? »

Quel bilan ?
C’est important que chacun dans l’école puisse dire quelque chose de cette journée, qu’on fasse un bilan. Certains ont eu le sentiment que c’était un travail très ingrat parce que nous y avons passé beaucoup de temps et que cela personne ne l’a su. Comme si les choses s’étaient faites toute seules !

Question : Mais qui aurait dû reconnaître les efforts fournis ? Les parents ?
Non c’est plutôt entre nous ! Mais l’année prochaine d’autres choses se feront. Les compétences sont là.
Dans les discussions entre enseignants, le lendemain, tous se sont déclarés ravis d’accueillir des élèves qui n’étaient pas les leurs. Travailler avec eux c’est bien. Maintenant quand on les voit dans la cour, on a des contacts différents. On ne les voit plus de la même façon. Ils nous connaissent autrement que comme quelqu’un qui surveille. C’est plus agréable, même si à la longue l’effet s’estompe un peu… Il en a été de même avec certains parents et surtout avec le personnel qui travaille à la cantine par exemple. Je pense à l’une des personnes qui a animé un atelier, on discute davantage maintenant et on se connaît mieux.

Question : Vous avez aussi eu le souci de garder des traces...
Oui, nous ne voulions pas perdre les choses et nous avions le projet de dire au plus grand nombre tout ce qui était sorti de cette journée – le dire aussi bien aux enfants qu’aux parents - afin de prendre appui là-dessus pour aller plus loin.
À cela s’ajoute qu’en formation déjà nous avions découvert tout l’intérêt de la collecte des productions, des photos que l’on prend mais aussi des analyses réflexives où on revient sur ce qu’on a fait, où on réfléchit sur le pourquoi des choses. Sans parler des plaquettes des années précédentes qui donnent une idée des amonts.

Quels prolongements ?

Notre découverte par rapport à la question de la Paix, c’est que suivant la façon dont on regarde ce qu’on fait, on peut avancer vers la Paix ou l’inverse. Je m’explique : quand nous avons posé la question aux enfants : « Qu’est-ce qui parlait de la Paix dans votre atelier ? », ils se sont rendu compte qu’en fait, ils ont fait des choses qu’ils vivent tout le temps, tous les jours, mais ce jour-là, on pointait… la Paix. J’ai pu le vérifier moi-même quand je suis allée questionner ceux qui, en cuisine, ont fait les sablés de la Paix. Ils avaient l’impression que de faire des sablés, ça ne parlait pas de la Paix. Je leur ai demandé de bien réfléchir ; ils ont fini par parler de l’écoute et du partage… même en faisant de la cuisine.
Enfin, il y a eu l’atelier « Cocon ». J’ai compris beaucoup de choses avec ce « cocon » à l’école. Quand les enfants arrivaient, on leur demandait comment ils étaient ce matin. Ils réfléchissaient sur eux, sur ce qu’ils sont : « Je suis bien, j’ai bien dormi ou j’ai passé une mauvaise nuit. » Quelles raisons avaient-ils de se battre ou de ne pas se battre ? L’apport des adultes était de leur permettre d’y réfléchir de manière inattendue, rassurante et riche d’imaginaire.
Passer dans les fils, c’était difficile ! Ils ont compris que c’était symbolique : « Je ne vais pas rentrer comme ça dans les fils en courant ! Je dois faire attention où je suis. Si je dois baisser ma jambe, je la baisse. Quelquefois je lève un fil pour que l’autre passe sa jambe. » Cela a été très porteur. Quand nous leur avons aussi demandé : « Savez-vous pourquoi on a mis les fils ? », ils ont compris que cela représentait les difficultés que l’on peut rencontrer dans la vie et que l’on peut toujours chercher les moyens de contourner ces difficultés tout en tenant compte des autres. « Je réfléchis où je vais passer, comme dans la vie ». C’était génial !

Question : Comment voyez-vous la suite ?
Il y a la plaquette Paix de cette année et un petit livre jaune : « La Paix fait événement à l’école du Pin Vert » que l’on peut se procurer à l’école même. Il raconte ce qu’on a fait. Il y a la remise des prix le 19 juin prochain (2002) et il y a l’année qui s’annonce (2002-2003) avec une nouvelle équipe. On va apprendre à se connaître et ce serait bien que les nouveaux collègues arrivant dans l’école prennent le relais. Que ce que nous avons fait soit assez fort pour qu’ils disent : « Nous arrivons dans une école de Paix » et qu’ils s’intègrent dans le projet.